Moi, assistant parlementaire

Écrit par Jonathan BITEAU

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Dans la mythologie grecque, Pénélope, femme d’Ulysse, attend le retour de son mari en tissant un linceul face à ses nombreux prétendants. Pendant 20 ans, elle défera la nuit ce qu’elle faisait le jour avant qu’Ulysse ne rentre de son Odyssée. On garde de cette histoire l’expression « toile de Pénélope » : un ouvrage auquel on travaille sans cesse et qui ne se termine jamais. Pénélope Fillon est moins persévérante que son homonyme hellène : sa mission auprès de son mari, puis de son suppléant, a duré 15 ans. S’il n’appartient qu’à la justice de se prononcer sur la réalité de cet emploi, cette affaire met en lumière une certaine pratique des institutions que je souhaiterais évoquer.

J'ai été assistant parlementaire pendant trois ans, de 2010 à 2013, d’abord auprès du député- Maire d’Agen, Jean Dionis, puis auprès du sénateur de Lot-et-Garonne, Henri Tandonnet. Ni l’un, ni l’autre ne salariaient de collaborateurs issus de leurs familles. J'ai été recruté en passant plusieurs entretiens d’embauche et je n’avais aucun lien de proximité ou d’amitié avec l’un ou l’autre. Je précise par ailleurs que j’ai commencé à militer au Mouvement Démocrate en 2013, après avoir cessé mes fonctions d’assistant parlementaire. En ce qui concerne mon cursus universitaire, je suis diplômé d’un Master 2 en droit public et sciences politiques, spécialisé en droit constitutionnel. La matière parlementaire est donc un domaine où ma formation initiale a été déterminante, tout autant que mon expérience de journaliste et ma capacité rédactionnelle en découlant. Le travail d'un assistant parlementaire est aussi passionnant que prenant, entre la préparation des dossiers législatifs et l'appui aux forces vives du territoire que le député défend et représente. Pour ces missions, j’ai été rémunéré 2000 € net par mois durant ces trois années, avec un treizième mois. Un salaire dans la moyenne, loin de la rémunération de Pénélope Fillon qui a gagné 3600 € net en moyenne pendant 15 ans, avec 5 années à plus de 6000 € net par mois lorsqu’elle était collaboratrice du suppléant de François Fillon, Marc Joulaud. Un niveau de rémunération exceptionnel pour un collaborateur parlementaire ( voir www.fillon2017.fr ).

A l’aune du scrutin législatif pour lequel je suis candidat, cette transparence ne me gêne pas, elle me paraît même opportune face au comportement de nombreux élus qui entache le mandat pour lequel ils ont été choisis. Lors de l’annonce de ma candidature, j'ai voulu insister sur trois axes majeurs : l’économie pour relancer l’attractivité de notre territoire, le social pour réformer notre système de solidarités et le civisme pour mettre fin à des pratiques inacceptables. Je souhaite développer ce dernier point.

Tout d’abord, si je suis élu, je m’engage à ne pas embaucher de membres de ma famille dans mon équipe parlementaire et je soutiendrai une proposition de loi interdisant ces recrutements familiaux. Ensuite, il est essentiel d'évoquer un autre sujet sensible : celui de la réserve parlementaire. Chaque député dispose d’une enveloppe annuelle à distribuer aux collectivités locales ou associations de son territoire. Pendant des décennies, le contrôle sur l’allocation de ces sommes a été sommaire, voire inexistant. On doit d’ailleurs remercier un lot-et-garonnais, Hervé Lebreton, qui a obtenu la publication de l’attribution de ces sommes en 2013. Depuis, l’Assemblée nationale a revu sa réglementation en la matière avec un barème précis: chaque député dispose de la même somme : 130 000€,  un vice-président ou président de commission dispose du double : 260 000€ et le président de l’Assemblée nationale a le montant le plus élevé : 520 000€. Le Sénat a pris des mesures similaires. Avant 2013, les montants alloués à chaque parlementaire étaient très variables en fonction de critères particulièrement arbitraires, certains députés bénéficiant de plusieurs millions d’euros annuels à distribuer. Je citerai par exemple Jérôme Cahuzac (toujours dans les bons coups), qui, avec 1.2 million d’euros annuels était dans le top 10 français (voir www.lanouvellerepublique.fr ).

Ces pratiques d’un autre temps, qui favorisent le clientélisme, doivent cesser. Je suis par conséquent pour une réforme complète de la réserve parlementaire, un dispositif qui a certes évolué, mais qui demeure insatisfaisant dans sa nature même. En attendant cette révision, je m’engage, si je suis élu, à mettre en place un jury citoyen, tiré au sort, qui décidera de l’attribution de la réserve parlementaire pour le territoire de la 2e circonscription de Lot-et-Garonne. D’autres parlementaires l’ont déjà fait avec succès, malheureusement pas dans notre département.

Évoquer la probité en politique est une chose, mettre en place de véritables mécanismes démocratiques en est une autre. Sur ce point, je veux faire partie des acteurs du changement et pas de ceux qui en parlent seulement. En politique, comme dans la vie, ce que vous faites est toujours plus fort que ce que vous dites.

 

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