Emmanuel Macron à la Médoquine : mon histoire talençaise

Écrit par Jonathan Biteau

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25 septembre 2016 : je suis à l’université du Modem à Guidel avec mon fidèle camarade, Xavier Marcos. Je rencontre Alain Cazabonne, Maire de Talence et vice-président de Bordeaux Métropole. J'ai été son chef de cabinet durant 2 ans. Si tous les élus auprès de qui j'ai travaillé m’ont beaucoup apporté, Alain Cazabonne est indéniablement celui qui m’a initié au sein de cette grande famille politique qu’est le Centre en France. Ne manquant jamais de me raconter une anecdote savoureuse sur Jean Lecanuet ou Edgar Faure, je lui dois l’essentiel de ma fibre politique et je suis toujours très heureux de le revoir.

À Guidel, Alain Cazabonne me dit qu’il regrette les durs propos que vient de tenir François Bayrou à l’encontre d’Emmanuel Macron, « candidat des forces de l’argent », et souhaiterait plutôt un dialogue avec le leader d’En Marche dont le positionnement ressemble trait pour trait à la campagne de François Bayrou en 2007. Je partage son point de vue, et surtout, je lui livre mes craintes concernant la primaire de la droite : je suis persuadé que Nicolas Sarkozy va l’emporter et j’aurais préféré qu'on se tienne à l’écart de ce processus qui a toujours tendance à favoriser un noyau dur électoral peu propice au rassemblement (lire modem47.lesdemocrates.fr/retour-de-guidel). Si je m’étais trompé sur le vainqueur, la surprise François Fillon est venue confirmer mes doutes. Il s’est d’ailleurs produit le même scénario avec Benoît Hamon. Les primaires sont-elles vraiment adaptées à la France ?

9 mars 2017 : je ne crois pas au hasard en politique. Pour mon premier meeting avec Emmanuel Macron, je suis à la Médoquine à Talence auprès d’Alain Cazabonne qui accueille avec ferveur le candidat à la présidentielle. En arrivant devant la salle que je connais bien, la file d’attente est bien garnie, patientant pour l’ouverture des portes. Invité par le Maire, je rentre avec les officiels des comités En Marche et nous sommes conduits dans un carré devant la scène où est disposée une centaine de chaises. Derrière nous, le public arrive au compte-goutte et se presse, debout, contre les barrières. Ces gens ont tous attendu plus longtemps que nous, j’aperçois même des personnes âgées qui auraient davantage besoin d’une chaise que moi. Je ne peux que m’en sentir gêné. Je m’en ouvre auprès d’un ami talençais qui avoue partager mon sentiment : « Au début, cela me choquait, maintenant je ne fais plus attention ». Nous sommes tous égaux, « mais certains sont plus égaux que d’autres », disait Orwell dans la Ferme des animaux. Arrivent dans ce carré d’invités de nombreux élus talençais et bordelais que j’ai plaisir à revoir. Jusqu'à la fin du meeting, je n’ai plus regardé derrière moi.

Il y a une belle ambiance dans cette Médoquine où 3000 personnes sont réunies. Un chauffeur de salle passe une fois pour dynamiser les premiers rangs, comme dans tout meeting politique. On est bien loin des équipes organisées pour soi-disant créer une ambiance, selon certains articles. Les profils et les âges sont variés, la diversité est réelle. Alain Cazabonne lance la soirée avec l’humour et l’esprit qu'on lui connaît. Cathy Fabre, En Marche 33, et Arnaud Leroy, député des Français de l’étranger, poursuivent avec des discours mobilisateurs. En tant que supporteur du PSG, je suis vexé par une comparaison avec le match retour à Barcelone pour signifier que rien n’est jamais gagné d’avance...

Vient le moment où Emmanuel Macron entre en scène. Il s’exprime sans note et sans pupitre. Le format est attrayant pour l’audience, avec un orateur qui se déplace et qui connaît son discours, sans le lire. Le leader d’En Marche fait preuve d’une grande finesse en saluant l’héritage de Jacques Chaban-Delmas et sa nouvelle société, qui a notamment rénové le dialogue social. Il n’oublie pas Alain Juppé, qui a su transformer Bordeaux pour en faire une des métropoles les plus attractives de France. Il vise juste, les Bordelais sont très attachés à ces deux figures qui suscitent l’adhésion bien au-delà de leur simple électorat. Il enchaîne avec son souhait de dépasser le clivage droite-gauche pour fonder une véritable alternance. Sur cette terre centriste talençaise, il parle d’or. Il conclut avec les points essentiels de son programme : la moralisation de la vie publique, indispensable, le pouvoir d’achat des plus modestes avec l’allègement des cotisations sur les bas salaires et l'exonération de la taxe d’habitation, un plan de formation pour les personnes sans emploi et les jeunes, la simplification administrative pour faciliter l’initiative et l’entreprise et enfin le renforcement des solidarités avec la hausse de 100€ du minimum vieillesse, de l’allocation adulte handicapé et l'assurance-chômage universelle étendue aux indépendants (artisans, commerçants et agriculteurs).

Le meeting se conclut par une marseillaise. J’échange avec des élus et l’entourage du candidat : il était apparemment fatigué, je ne l’ai pas perçu. Alain Cazabonne m’invite alors à partager le dîner avec les époux Macron et une trentaine de convives. Nous allons dans un restaurant talençais où j’avais mes habitudes le midi. C'est étrange de m’y retrouver avec le favori à l'élection présidentielle. Emmanuel Macron et sa femme Brigitte sont très abordables et tout à fait disponibles pour échanger et dialoguer en toute simplicité. Ils me donnent vraiment l’impression d’un couple serein et solide pour affronter cette épreuve de l’Elysée. Je sacrifie au rituel égotiste du selfie. Cette soirée talençaise est une belle synthèse de mon parcours professionnel et militant depuis 2012. Serait-ce un signe pour les échéances électorales à venir ? Encore une fois, je ne crois pas au hasard en politique.